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d'après le roman de Philippe Rahmy

Théâtre 2.21, Lausanne

 

Le Courrier, 16 avril 2018

LE PROCES DE MALAPARTE

de Jens-Martin Eriksen

Théâtre Pulloff, Lausanne

 

24 Heures, 4 février 2016

BIENTOT VIENDRA LE TEMPS

de Line Knutzon

Théâtre du Grütli, Genève 2014

Critique dans Le Temps - parue le 25.03.2014

 

 

 

Le Courrier - 31.03.2014

 

 

 

théâtre mardi 25 mars 2014

 

Vertige existentiel pour couples explosés

Par Marie-Pierre Genecand

A Genève, une pièce de l’auteure danoise Line Knutzon scrute la vie à deux. Natacha Koutchoumov et Mauro Bellucci en tête, les acteurs se distinguent

C’est un mélange. Un drôle de mélange. La rencontre déroutante et stimulante entre le théâtre de Pinter, le réalisme cru de la charte cinématographique Dogme et les fondamentaux de Feydeau. Dans Bientôt viendra le temps, pièce phare du théâtre scandinave à voir ces jours au Grütli dans une mise en scène de Sophie Kandaouroff, on trouve à la fois des glissements vers l’absurde, des règlements de comptes familiaux et un chassé-croisé conjugal avec portes et placard de circonstance. Visiblement, Line Knutzon, auteure célébrée au Danemark, connaît sur le bout des doigts son vocabulaire narratif. Et régale les comédiens romands, Natacha Koutchoumov et Mauro Bellucci en tête, à travers cette radiographie du couple aux contours mouvants.

Elle aimerait bien se souvenir, mais impossible. Avant le retour de son mari, Hilbert (Mauro Bellucci), Rebekka (Natacha Koutchoumov) a mangé quelque chose de «rond, orange et dégueulasse», mais de là à pouvoir nommer l’aliment… Pareil pour les légumes qu’elle est censée cuisiner. Elle ne se rappelle plus «comment les choses s’appellent». Sous l’humour de cette amnésie, le drame. En une réplique, l’auteure cerne les dégâts de la sclérose domestique. Plus loin, lors d’un tomber de masque généralisé à la Festen, Rebekka développera ce malaise: «Je crache sur tout ce qui est à moi. Ça pue, les meubles, les murs, les fenêtres, la vie qui s’entasse dans les coins, qui nous étouffe et nous éloigne les uns des autres.» Et puis, à la toute fin, fixant son époux: «Ça me fait vraiment un drôle d’effet de me dire que tes petites habitudes ont tracé mon destin.»

Home, sweet home. Dans la foulée du Suédois Bergman, dont on vient de savourer à Genève les Scènes de la vie conjugale par la troupe flamande tg STAN, la Danoise Line Knutzon démystifie les charmes exquis du foyer.

De manière légère d’abord, lorsque John, l’ex-mari de Rebekka (François Florey), ne retrouve plus le lac dans lequel il a l’habitude de pêcher. Et dévoile, sur le même ton badin, comment il a quitté sa femme, Ingrid, après avoir appris sa stérilité. Mais, déjà, le mari hagard regrette et écrit à Ingrid une lettre enflammée: «J’aime tes ovaires atrophiés aussi fort que j’aime tes bras ouverts, j’adore ton corps; il me rappelle la terre, la boue et tout ce qui me nourrit. Moi qui ne suis fait que de pensées verticales qui se baladent quatre mètres au-dessus de ma tête, j’ai besoin de toi.» Plus tard, John sera heurté par une voiture et, en sang, trouvera asile pour une nuit dans le placard de la maison de Hilbert et Rebekka. Le ton est encore au joyeux décalage.

Une symétrie se dessine aussi. D’un côté, les distraits, les déconnectés: Rebekka et John. De l’autre, les époux-piliers: Hilbert et Ingrid (Florence Quartenoud). Pas étonnant, dès lors, que les paires se reforment en fonction des affinités. Jusque-là, on pense à Trahisons de Pinter, avec ce jeu entre fantasmes et réalité. Ou à Feydeau pour l’étreinte dérobée. La bonne (Sarah-Lise Salomon-Maufroy) con­tribue à ce climat gentiment bourgeois.

Mais, subitement, tout se glace, tout se fend. Avec l’arrivée presque messianique de l’enfant. A travers Pauv’chérie (Claudine Berthet) qui affiche ses 55 ans contre les 35 ans prétendus de ses parents, le décrochage prend un tour flippant. Présence fantôme, cette petite fille déjà âgée dénonce le déni des «adulescents». Leur difficulté de se voir décliner et de renoncer à leur éternité. La Ménine les renvoie également à leurs compromissions. Belle idée, aussi séduisante que difficile à saisir tout à fait.

Et qui demande aux comédiens de rester solides face à ce nouveau bouleversement. Ce qu’ils font brillamment. Dans un couloir cerné de part et d’autre par une porte et un placard (décor de Gilles Lambert), les acteurs en perpétuel travelling gardent le cap de leur personnage. L’ironie blessée de Natacha Koutchoumov dialogue à merveille avec l’affolement anxieux de Mauro Bellucci, tandis que François Florey et Florence Quartenoud s’illustrent dans un registre plus doux, plus effacé. Chacun, à sa manière, raconte l’universelle difficulté de savoir vraiment, jour après jour, qui on est.


Bientôt viendra le temps,
jus­qu’au 6 avril, Grütli, Genève,
022 888 44 88, www.grutli.ch

 

 

 

 

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